Les niveaux d’eau des Grands Lacs devraient demeurer au-dessus de la moyenne à long terme

Par Kevin Bunch, CMI

Des niveaux d’eau très élevés peuvent provoquer de l’érosion et accroître les risques d’inondation dans les zones côtières, par exemple le long du littoral du lac Michigan à Chicago. Cependant, on ne s’attend pas à ce que les niveaux soient suffisamment élevés pour accroître ces risques de façon importante durant les mois à venir
Des niveaux d’eau très élevés peuvent provoquer de l’érosion et accroître les risques d’inondation dans les zones côtières, par exemple le long du littoral du lac Michigan à Chicago. Cependant, on ne s’attend pas à ce que les niveaux soient suffisamment élevés pour accroître ces risques de façon importante durant les mois à venir. Source de la photo : L.S. Gerstner

Les niveaux d’eau des Grands Lacs resteront vraisemblablement au-dessus de la moyenne à long terme durant le printemps et l’été, selon les prévisions réunies par la National Oceanic and Atmospheric Administration des États-Unis, Pêches et Océans Canada, Environnement et Changement climatique Canada et le US Army Corps of Engineers. Par contre, aucun des Grands Lacs ne devrait atteindre les niveaux records observés principalement au cours des années 1980 ou 1950.

Bien que chaque lac soit unique, ils tendent tous à suivre un cycle similaire fondé sur les variations saisonnières. Les niveaux d’eau atteignent généralement leur plancher saisonnier durant l’hiver avant de remonter au printemps en raison de la fonte des neiges et des précipitations. Les niveaux ont tendance à atteindre leur maximum durant l’été, puis commencent à baisser à l’automne et au début de l’hiver.

Trois facteurs principaux influent sur les niveaux d’eau des lacs, a indiqué Drew Gronewold, spécialiste des sciences physiques au Great Lakes Environmental Research Laboratory de la NOAA : les précipitations tombant sur les lacs, l’évaporation de l’eau des lacs, et les eaux de ruissellement qui se jettent dans les lacs.

Ces variables sont à leur tour influencées par les changements de température de l’air et de l’eau. Par exemple, M. Gronewold a affirmé que le moment des forts pics de ruissellement dépendait de la quantité de neige accumulée durant l’hiver et du moment où celle-ci fondait au printemps.

Un déclin du niveau d’eau en automne découle généralement de l’évaporation, puisque la température de l’air baisse mais que la surface de l’eau est encore relativement chaude. Même si la température de l’eau a été assez élevée durant l’automne et l’hiver de 2016-2017, ce qui a entraîné un manque de couvert de glace, la quantité d’eau évaporée a été typique de la période de l’année en raison d’une température de l’air plutôt douce cet hiver, a indiqué M. Gronewold.

Compte tenu de ces conditions récentes et des données historiques, les organismes prévoient que l’élévation des niveaux d’eau restera assez normale ce printemps et cet été. Comme les niveaux d’eau sont déjà au-dessus de leur moyenne à long terme pour cette période de l’année, les chercheurs prévoient qu’ils resteront supérieurs à la moyenne lors des prochains mois, a expliqué M. Gronewold.

Il y a tout de même beaucoup d’incertitude, a-t-il ajouté, car la quantité de neige au sol est moindre que lors de certains hivers récents. Il est également difficile de prévoir les facteurs météorologiques et climatiques continentaux qui se répercutent sur les conditions météorologiques et les températures des Grands Lacs. Ces facteurs peuvent aller d’un phénomène El Niño semblable à celui observé au cours de l’hiver de 2015-2016 à un « vortex polaire » comme celui qui a frappé la région durant les hivers de 2013-2014 et de 2014-2015. Les prévisions diffusées par le US Army Corps et par Pêches et Océans Canada reflètent cette incertitude par un éventail de niveaux d’eau possibles.

La gestion humaine peut également avoir un effet sur les niveaux d’eau des Grands Lacs. Des centrales hydroélectriques et un barrage à vannes sur la rivière St. Marys sont utilisés pour régulariser les débits sortants du lac Supérieur vers le système des lacs Michigan et Huron, alors qu’une centrale hydroélectrique sur le fleuve Saint-Laurent est utilisée pour régulariser les débits sortants du lac Ontario. Les débits sortants circulant dans de telles structures sont gérés par des conseils binationaux en conformité avec les ordonnances et les critères établis par la CMI. Néanmoins, la régularisation des débits d’eau par ces moyens est limitée, et les conditions météorologiques et les apports d’eau demeurent les principaux facteurs qui influencent les niveaux d’eau.

Les niveaux d’eau sont mesurés selon le Système de référence international des Grands Lacs, dans lequel le niveau de référence (le zéro) est le niveau de la mer à Rimouski (Québec), sur le fleuve Saint-Laurent. Des organismes mesurent les niveaux des lacs depuis les années 1860, et les premières mesures fiables remontent aussi loin que 1918. La moyenne à long terme des niveaux des lacs se fonde sur ces données.

« Nous prévoyons une diversité de conditions de niveaux d’eau selon les apports d’eau, » a indiqué Jacob Bruxer, ingénieur principal en ressources en eau à Environnement et Changement climatique Canada. « Les prévisions météorologiques et des apports d’eau comportent une grande variabilité et beaucoup d’incertitude, en particulier au-delà de quelques semaines. Par conséquent, nous n’essayons pas de prévoir des tendances spécifiques; nous prenons plutôt en considération une gamme complète de scénarios possibles d’apports d’eau. »

Selon de récentes prévisions (en anglais), le niveau du lac Supérieur devrait rester dans les moyennes saisonnières ou légèrement au-dessus jusqu’en septembre 2017, avec une faible probabilité que le niveau descende sous sa moyenne à long terme en juillet. L’incertitude est moindre pour le printemps; les niveaux d’eau se situaient à environ 5,5 pouces (0,14 mètre) au-dessus de la moyenne à long terme à la fin de mars, et, jusqu’en mai, ils pourraient se trouver entre 2,7 et 10 pouces (0,07 et 0,27 mètre) au-dessus de la moyenne. Par la suite, jusqu’en septembre, les niveaux d’eau pourraient se situer jusqu’à 1 pied (0,3 mètre) au-dessus de la moyenne mensuelle à long terme du lac Supérieur.

De bas niveaux d’eau peuvent limiter l’accès des embarcations à l’eau – comme le montre cette photo d’un quai sur la baie Grand Traverse, au Michigan
De bas niveaux d’eau peuvent limiter l’accès des embarcations à l’eau – comme le montre cette photo d’un quai sur la baie Grand Traverse, au Michigan – et causer des problèmes de navigation commerciale dans les Grands Lacs. Source de la photo : Michigan Sea Grant

Dans le système des lacs Michigan et Huron, considérés comme constituant un seul lac du point de vue hydrologique (lac Michigan-Huron), le niveau d’eau se situait à environ 9,4 pouces (0,24 mètre) au‑dessus de la moyenne à long terme de mars à la fin du mois. Jusqu’en septembre, on s’attend à ce que le niveau du lac Michigan-Huron reste supérieur à la moyenne à long terme, de 1 à 16 pouces (0,02 à 0,4 mètre). M. Gronewold a affirmé que durant l’automne 2016, les niveaux d’eau du lac Michigan-Huron avaient baissé un peu plus qu’habituellement, mais que cela ne devrait pas faire de différence notable pour le printemps et l’été de 2017.

On s’attend à ce que le lac Érié présente un niveau d’eau supérieur à la moyenne. Le niveau de ce lac a été à la hausse au cours des derniers mois; il s’était élevé à plus de 17 pouces (0,44 mètre) au-dessus de la moyenne à long terme à la fin mars. Les niveaux d’eau devraient continuer à rester au-dessus de la moyenne ce printemps, avant de commencer à baisser aux environs de juin pour se fixer entre 3,9 et 16 pouces (0,10 et 0,41 mètre) au-dessus de la moyenne.

Il y a une faible probabilité que le niveau du lac Ontario se situe tout juste sous sa moyenne à long terme à l’approche de l’été, mais il est plus probable qu’il la dépassera de jusqu’à 15 pouces (0,38 mètre). Le sommet est prévu pour mai, où le niveau pourrait se situer de 3,9 à 21 pouces (0,10 à 0,55 mètre) au-dessus de la moyenne. On s’attend ensuite à ce que l’eau descende à peu près au niveau habituel, suivant la moyenne à long terme.

Le US Army Corps publie des prévisions sur 12 mois (en anglais) pour les lacs Érié, Huron-Michigan et Supérieur et pour le lac Sainte-Claire en se fondant sur les conditions actuelles et sur des données météorologiques historiques similaires. L’incertitude augmente considérablement lorsqu’on se projette au‑delà de six mois, mais la plupart des résultats pour les lacs Érié et Michigan-Huron laissent penser qu’il est grandement probable que les niveaux d’eau continuent d’être supérieurs à la moyenne sur toute l’année. En ce qui concerne le lac Supérieur, il y a également une plus forte probabilité que ses niveaux se situent au-dessus de la moyenne, mais il existe aussi une importante possibilité qu’ils soient inférieurs à la moyenne à long terme.

Kevin Bunch est rédacteur spécialiste des communications au bureau de la Section américaine de la CMI à Washington, D.C.

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