Maîtriser les plantes envahissantes à l’aide de machines, de poisons et d’insectes

Par Kevin Bunch, CMI

Salicaire commune poussant le long d’un sentier dans l’aire de conservation du marais Cooper, à Cornwall, en Ontario, près du fleuve Saint-Laurent
Salicaire commune poussant le long d’un sentier dans l’aire de conservation du marais Cooper, à Cornwall, en Ontario, près du fleuve Saint-Laurent. Photo : Saffron Blaze

Le terme « espèce envahissante » ne s’applique pas qu’aux animaux. Les plantes envahissantes peuvent également importuner les habitats et les réseaux trophiques locaux, et menacer les écosystèmes le long des rives des Grands Lacs et dans les voies navigables intérieures en raison de l’absence de prédateurs et de leurs prodigieuses méthodes de reproduction.

Les plantes non indigènes sont loin d’être nouvelles dans le bassin, mais, selon Beth Clawson, enseignante spécialiste des ressources naturelles (programme coopératif de l’Université du Michigan), les espèces envahissantes diffèrent en ce qui concerne la rapidité avec laquelle elles peuvent se propager de manière incontrôlable. Par exemple, Clawson explique que le fait de planter un arbuste à papillons non indigène dans un jardin ne deviendra pas une nuisance et ne supplantera aucune autre espèce, mais que le fait d’introduire une espèce envahissante, comme la salicaire commune, qui peut produire plus de deux millions de graines par année, peut rapidement faire en sorte que l’espace disponible pour les espèces indigènes devienne impossible à maîtriser.

Des plantes non indigènes sont présentes dans le bassin des Grands Lacs depuis des décennies, mais seulement un nombre relativement petit d’entre elles sont jugées comme étant envahissantes. Pour être considérée comme envahissante, une espèce doit menacer la diversité ou l’abondance des espèces indigènes, ou encore la stabilité écologique et la qualité des eaux infestées. La National Oceanic and Atmospheric Administration  des États-Unis compte 58 espèces de plantes non indigènes dans le bassin, alors que l’Environmental Protection Agency des États-Unis considère que sept d’entre elles sont envahissantes. La province de l’Ontario a inscrit 27 espèces de plantes aquatiques envahissantes comme étant déjà présentes dans la région ou sur la liste de surveillance, au cas où elles se propageraient dans les Grands Lacs.

« C’est pour cela que la salicaire commune est envahissante », explique Clawson. « Ces plantes sont difficiles à éliminer, et couvrent un large spectre en ce sens qu’elles peuvent vivre dans une grande variété de milieux, elles ne possèdent pas de prédateurs (indigènes), et elles se reproduisent précocement (âge) et rapidement. »

La salicaire commune supplante rapidement les plantes indigènes des milieux humides, comme le riz sauvage, détruit l’habitat du poisson et d’autres espèces sauvages, et survit également en milieux secs. Depuis les années 1990, les gouvernements du Canada et des États-Unis ont relâché des prédateurs naturels (des coléoptères d’Europe et des curculionidés) pour maîtriser les zones gravement infestées, sans toutefois nuire aux plantes indigènes dans le processus. La lutte biologique s’est révélée utile. La salicaire commune ne sera pas entièrement éliminée grâce à cette méthode, mais son abondance peut être grandement réduite, au point de ne représenter qu’une petite composante de la communauté végétale.

Mis à part la salicaire commune, les espèces du genre Phragmites (roseau commun) sont devenues des espèces envahissantes de plus en plus problématiques, d’après Kyle Borrowman, agent de liaison responsable de la sensibilisation à l’égard des espèces terrestres envahissantes pour la Fédération des chasseurs et pêcheurs de l’Ontario. Les espèces du genre Phragmites sont devenues une menace le long des côtes des lacs Ontario, Érié, Michigan et Huron, et se propagent lentement vers le nord; d’importants peuplements ont déjà été observés jusqu’à la baie Green, dans le lac Michigan, et dans la baie Georgienne, dans le lac Huron. Comme la salicaire commune, les espèces du genre Phragmites peuvent étouffer les plantes envahissantes dans les zones côtières, réduisant ainsi la biodiversité et détruisant l’habitat utilisé par les animaux. Borrowman explique que ces espèces peuvent aussi apparaître dans les canaux d’irrigation, dégradant la qualité des terres agricoles, de même que dans des bandes de terre le long des routes, réduisant la visibilité. Les tiges mortes représentent des dangers d’incendie, en particulier lorsque les peuplements deviennent épais. Contrairement à la salicaire commune, aucune méthode biologique n’est actuellement disponible pour lutter contre les espèces du genre Phragmites, affirme Borrowman.

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Photographie montrant la taille que peuvent atteindre les plantes du genre Phragmites. Photo : Ontario Phragmites Working Group

Cela ne signifie pas qu’il n’existe pas d’autres méthodes pour lutter contre ces plantes. Ces deux espèces envahissantes sont sensibles aux herbicides, mais l’Ontario ne permet pas actuellement leur utilisation au-dessus des eaux, sauf dans des circonstances très précises. L’enlèvement mécanique, le désherbage manuel et les brûlages dirigés sont des méthodes viables pour enlever les espèces du genre Phragmites, et le désherbage manuel, l’application d’herbicides, la lutte biologique et les longues inondations peuvent aider à éradiquer la salicaire commune. Idéalement, les propriétaires de terres et les agents de gestion des terres peuvent utiliser une combinaison de techniques pour s’assurer que ces plantes sont éliminées.

Les espèces du genre Phragmites sont de hautes plantes de couleur beige pouvant mesurer jusqu’à cinq mètres. Elles possèdent une tige unique, de longues feuilles étroites et un capitule au sommet à la fin de la saison de croissance. Elles présentent également une certaine ressemblance avec un roseau indigène, mais ce dernier ne devient pas aussi grand et ne supplante pas les autres plantes indigènes. Le Michigan Sea Grant mentionne qu’un plant mature de salicaire commune peut atteindre jusqu’à deux mètres de hauteur, et environ 1,5 mètre de largeur, et porter de 30 à 50 tiges provenant d’une pelote racinaire commune. Cette plante présente également de multiples fleurs pourpres, qui apparaissent durant la saison de floraison, en juillet et août, explique Borrowman. Les deux espèces peuvent parfois être observées dans des jardins, mais Borrowman suggère aux propriétaires de terres qui souhaitent orner leurs terrains riverains d’envisager l’utilisation de plantes indigènes, comme la quenouille à feuilles larges, les roseaux indigènes ou le scirpe aigu.

Les voies navigables intérieures sont aux prises avec d’autres espèces envahissantes, notamment des espèces du genre Hydrilla, le myriophylle en épi, le stratiote faux-aloès, le Nitellopsis obtusa et l’hydrocharide grenouillette. En grande partie comme la salicaire commune et les espèces du genre Phragmites, ces plantes se reproduisent rapidement et de multiples façons, mentionne Clawson, et peuvent se développer à partir de graines ou par clonage à partir de racines ou de boutures. Elles peuvent même être transportées de façon accidentelle par des embarcations lorsque des parties sont coupées et transportées dans de nouveaux plans d’eau ou de nouveaux endroits. Clawson recommande de respecter les procédures de nettoyage des embarcations et de quarantaine avant de pénétrer dans de nouveaux plans d’eau afin d’empêcher que des plantes se propagent. Il conseille également aux propriétaires de terres d’envisager les plantes indigènes pour lutter contre l’érosion, pour le jardinage et pour la restauration des voies navigables intérieures.

Borrowman mentionne que, si une personne aperçoit une espèce envahissante, elle devrait communiquer l’agence réglementaire de l’État ou de la province responsable des espèces envahissantes comme département des Ressources naturelles du Michigan, le ministère des Richesses naturelles et des Forêts de l’Ontario, ou le département de la conservation de l’environnement de l’État de New York. L’Université du Michigan a publié un guide de terrain permettant d’identifier les plantes aquatiques envahissantes de la région afin de faciliter l’élimination de ces dernières. L’Ontario Phragmites Working Group a également assemblé un coffre à outils à l’intention des propriétaires de terres, proposant d’éliminer les espèces de Phragmites envahissantes des propriétés privées.

Kevin Bunch est rédacteur/spécialiste des communications au bureau de Washington, D.C. de la section américaine de la CMI.

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