Évaluer la population de gaspareaux grâce à une application en ligne

17 mai 2019
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Le réseau de la rivière Ste-Croix renferme une série de barrages que les poissons vivant également dans l’océan, comme le gaspareau, doivent remonter pour frayer chaque année. La Commission mixte internationale (CMI) a financé un projet visant à créer un modèle de population en ligne pour le gaspareau.

Depuis 2003, la CMI a financé les travaux de recherche de l’US Geological Survey (USGS) et de l’Université du Maine sur l’apport et la consommation de nutriments des gaspareaux dans la rivière au cours de leur vie. Les travaux ont été prolongés en 2015 pour la création d’un modèle de population du gaspareau dans la rivière Ste-Croix. Les résultats ont été publiés en 2018.  

La population de gaspareaux dans la rivière Ste-Croix a fait un bond depuis que les passes à poissons ont été rouvertes au barrage Woodland en 2008 et à Grand Falls en 2013. Selon les chiffres de l’an dernier, environ 270 659 gaspareaux ont passé le barrage Milltown pour atteindre la frayère. Or, nous sommes toujours loin du record de 2,6 millions enregistré en 1987.

La capacité historique de la rivière est de 12 à 24 millions de poissons. L’augmentation potentielle de la population dépend des passes à poissons en amont et en aval aux quatre barrages situés dans le bras principal de la rivière.

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Gaspareaux nageant dans la rivière Penobscot. Crédit photo : Betsy Barber

Des ressources — comme le modèle de population élaboré actuellement — pourraient servir à déterminer quel barrage dans le système permettrait d’améliorer le plus le passage des poissons, selon Betsy Barber, conceptrice de modèle et associée de recherche postdoctorale au Maine Cooperative Fish and Wildlife Research Unit au Department of Wildlife, Fisheries and Conservation Biology de l’Université du Maine.

Grâce à un financement de 85 000 USD octroyé par la CMI dans le cadre de l’Initiative internationale sur les bassins hydrographiques, Mme Barber, l’USGS et l’Université du Maine collaborent pour rendre le modèle de population de Mme Barber accessible à un plus grand nombre de personnes au moyen d’une application en ligne.

« Les gens qui n’ont pas d’expérience avec la création de modèles de population pourraient utiliser ce modèle pour indiquer le taux de passage au barrage, cliquer sur un bouton et obtenir des résultats en vue de créer différents scénarios de gestion », indique Mme Barber. L’application est toujours en version bêta, mais Mme Barber ajoute qu’elle souhaite qu’elle soit prête pour que le Conseil du bassin de la rivière Sainte-Croix puisse l’examiner lors de sa réunion de juin. Une fois approuvé, le modèle sera accessible sur le site Web du Conseil.

Le modèle présente toutefois certaines limites. « Il renferme de l’information sur les tendances générales observées pour la population de gaspareaux, mais les données sur le taux de passage en amont et en aval de certains barrages sur la rivière Ste-Croix sont insuffisantes », indique Mme Barber. Il faudrait augmenter la collecte de données pour établir plus précisément le taux de passage des gaspareaux aux barrages et ainsi permettre aux gestionnaires de mieux cibler les barrages à améliorer.

« Actuellement, le taux de référence pour le passage dont nous disposons a été estimé au moyen des données sur les échappées des années 1980 », indique Mme Barber. Ces données correspondent au nombre de spécimens du peuplement qui fraye dans la rivière.  

Les barrages sont une des principales causes du déclin. Le passage des gaspareaux a été bloqué par les barrages depuis les années 1800, bien qu’il soit mentionné dans une ordonnance de la CMI de 1923 que des passes à poissons ont été construites à certains barrages à partir de 1867 (l’ordonnance a été adoptée pour approuver la construction de nouvelles passes à poissons). Le barrage Milltown est muni de passes à poissons depuis des décennies, bien que leur état et les réparations qui y ont été apportées ont varié au fil des ans. La passe à poissons actuelle a été mise à niveau pour la dernière fois en 1981. Les années de 1990 à 2000 ne peuvent servir à établir un taux de référence en raison des restrictions concernant les passes à poissons imposées ces années-là.

Mme Barber ajoute que le modèle de population en ligne pourrait également être appliqué dans d’autres cours d’eau que la rivière Ste-Croix. Les utilisateurs pourront personnaliser les chiffres sur les barrages et l’habitat disponible et les appliquer à d’autres rivières dans le Maine et au Nouveau-Brunswick où la gestion de la population de gaspareaux et la restauration sont de grandes préoccupations.

Elle souligne également que certains ont manifesté un intérêt pour la conception de modèles pour d’autres espèces de la rivière Ste-Croix qui vivent également dans l’océan Atlantique, comme l’alose et l’anguille. « Bien que des études aient été faites dans la rivière Penobscot, le manque de données sur certaines espèces et sur certaines périodes dans la rivière Ste-Croix constitue un obstacle majeur », indique-t-elle.