À en croire les résultats du projet de dénombrement des poissons, le nombre d’individus remontant la rivière Sainte-Croix à l’époque du frai est en train de revenir tranquillement à la normale.
De 2015 à 2022, la CMI a financé les opérations de dénombrement des poissons [en anglais seulement] au barrage de Milltown dans le cadre de son Initiative internationale sur les bassins hydrographiques (IIBH). Ces opérations visaient principalement le gaspareau et l’alose d’été, appelés collectivement « faux harengs », deux espèces indigènes du réseau hydrographique qui sont essentielles en tant que sources alimentaires d’autres espèces, mais aussi pour appâter le homard et pour la consommation traditionnelle humaine. Le barrage de Milltown, anciennement situé près de l'embouchure de la rivière, a été mis hors service et les travaux de démantèlement ont été achevés en 2024, ce qui a nécessité une modification des points de contrôle.
Depuis la saison de frai 2024, les dénombrements traditionnels des poissons sont effectués par le Conseil international du bassin de la rivière Sainte-Croix (CIBRSC) [en anglais seulement] au barrage Woodland, soit l’ouvrage qui se trouve immédiatement en amont de l’emplacement de l’ancien barrage Milltown, ainsi que par le Sipayik Environmental Department (service de l’environnement Sipayik), au barrage de Grand-Sault.
« Le barrage Woodland étant désormais le premier ouvrage sur la rivière Sainte-Croix depuis la mise hors service du barrage Milltown, le CIBRSC a examiné les images sous-marines de la migration des faux-harengs, prises quotidiennement à hauteur de l'échelle à poissons du barrage Woodland, entre la fin avril et le début juillet, » précise Neal Berry, directeur de la Commission des voies navigables, « 560 334 harengs de rivière ont ainsi été dénombrés pendant la saison 2025 ».
Le Maine Department of Marine Resources (MDMR) (Département des ressources marines du Maine) reçoit actuellement des soumissions pour la construction d’un nouveau système de passes à poissons au barrage Woodland qui remplacera la passe migratoire vieille de plusieurs décennies. Selon un rapport de 2021 [en anglais seulement] produit par le Conseil international du bassin de la rivière Sainte-Croix et ses partenaires, cette ancienne échelle à poisson avait été initialement conçue pour le saumon de l’Atlantique, ce qui en rendait le franchissement difficile pour les autres espèces. Une étude de 2024, financée par la CMI, nous apprend par ailleurs que seulement un quart des poissons parviennent à remonter l’actuelle échelle à poisson.
Chris Soctomah, biologiste des pêches au Sipayik Environmental Department, précise que 456 463 poissons ont été dénombrés dans la passe du barrage de Grand-Sault, soit une baisse par rapport aux 504 942 dénombrés en 2024, mais une augmentation en comparaison aux 189 852 observés au même endroit en 2022, avant le démantèlement du barrage de Milltown en aval.
Selon la biologiste, les dénombrements à Grand-Sault font appel à un réseau de caméras qui permet d’enregistrer la passe migratoire à raison de 10 minutes par heure durant 14 heures par jour en période de frai. Le nombre de poissons compté durant chaque créneau filmé est ensuite multiplié par 24 heures pour obtenir les franchissements quotidiens.
« Nous avions constaté une légère augmentation avant le démantèlement du barrage de Milltown, mais tout de suite après, à partir de 2022, le nombre de gaspareaux recensés à Grand-Sault a plus que doublé », nous révèle Mme Soctomah. « Ces chiffres sont en train de se stabiliser, peut-être sous l’effet du refroidissement des températures au printemps et des débits élevés liés à des épisodes de précipitation.
Par ailleurs, ajoute Mme Soctomah, le Sipayik Environmental Department prélève des échantillons d’eADN dans la rivière Sainte-Croix. Après analyse, les données permettent d’en savoir davantage sur la biodiversité de la rivière et sur son évolution à la suite des récents changements en matière de franchissement des poissons, déjà appliqués ou en voie de l’être. Mme Soctomah souhaite comparer les résultats de 2024 et 2025 avec ceux de l’analyse des échantillons prélevés en 2023, maintenant que le barrage de Milltown a été déclassé.
Il demeure que le site du barrage de Milltown est toujours sous étude. Énergie NB a financé une étude sur l’étiquetage des poissons par micropuces PIT assortie de la mise en œuvre d’un réseau de récepteurs le long du littoral canadien, en vertu de l’autorisation accordée aux termes de la Loi sur les pêches du Canada pour mesurer le passage des poissons à l’ancien barrage de Milltown (désormais connu sous son nom original de Salmon Falls). Cette étude, dont 2025 sera la première année complète, devrait durer environ cinq ans.
Comme le barrage de Milltown avait été partiellement démantelé en 2024 et qu’il ne bloquait dès lors plus le passage des poissons, Philip Harrison — chercheur à l’Institut canadien des rivières de l’Université du Nouveau-Brunswick et l’un des responsables de l’étude — considère que 2024 a été l’année « zéro » de ce projet.
Bien que les données pour la saison de frai de 2025 soient toujours en cours d’analyse au moment de la mise sous presse, l’étude entreprise en 2024 a déjà permis de constater que 72 % des poissons arrivés à Salmon Falls ont réussi à passer en amont dans un délai de 24 heures.
« Nous visons un taux de franchissement de 65 % au cours des cinq prochaines années, a dit M. Harrison. « Donc, en 2024, c’était un peu plus. »
« L’étude de Milltown s’intéresse principalement aux deux espèces regroupées sous le vocable de faux-harengs, qui sont considérées comme des espèces clés pour l’écologie de la rivière Sainte-Croix », indique Alexa Meyer, biologiste environnementale et gestionnaire de la conservation au sein du Groupe de reconnaissance Pescomody. Il était donc normal que le faux hareng soit l’espèce la plus fréquemment étiquetée, devant l’omble savoureuse et d’autres espèces, comme l’omble de fontaine, le bar rayé et l’achigan à petite bouche. Quelque 176 poissons ont été étiquetés en 2024, et 226 autres en 2025.
« L’esturgeon à museau court et la civelle (jeune anguille) sont tous aussi intéressants, mais les civelles sont trop petites pour être étiquetées, et l’esturgeon est difficile à marquer, » ajoute la biologiste.
Nous ne nous attendons pas à ce que la civelle éprouve beaucoup de difficulté à remonter le nouveau chenal, mais nous allons tout de même vérifier si elles passent en amont », précise Mme Meyer.
Le projet devrait se dérouler sur toute la saison de frai 2029, bien que Mme Meyer ait exprimé son intérêt à étudier plus tard des zones en amont, dans le cadre d’autres partenariats et grâce à un financement supplémentaire.
Selon Mme Soctomah, tandis que le MDMR estime que le bassin hydrographique de la rivière Sainte-Croix pourrait abriter environ 27 millions de poissons, les chiffres de Pêches et Océans Canada et de la National Oceanic and Atmospheric Administration des États-Unis sont plus élevés que cette estimation relativement prudente.
Kevin Bunch is a writer-communications specialist at the IJC’s US Section office in Washington, D.C. and serves as the executive editor for the Shared Waters newsletter.