L’application MyCatch permet aux pêcheurs à la ligne d’aider les scientifiques à recueillir des données sur les poissons

09 septembre 2019
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L’application MyCatch permet aux pêcheurs à la ligne de suivre leurs sorties de pêche et leurs prises. Photo : Sean Simmons

Les scientifiques et les gestionnaires des pêches se fient aux données sur les prises pour ajuster la façon dont les populations de poissons sont gérées et s’assurer qu’un nombre suffisant de poissons atteignent l’âge adulte en santé, afin que leur population se maintienne. Une nouvelle application Web et pour téléphones intelligents vient soutenir les initiatives officielles visant à recueillir cette information, grâce à des données obtenues auprès de pêcheurs à la ligne.

Lancée en mai 2018, l’application MyCatch est publiée par Angler’s Atlas, qui produit des guides sur papier et numériques sur la pêche en eaux canadiennes et transfrontalières. L’application est conçue pour recueillir des données précieuses sur les populations de poissons, tout en étant utile aux pêcheurs à la ligne. Elle couvre la majeure partie du Canada, d’un océan à l’autre, ainsi que les voies navigables américaines vers la zone transfrontalière.

L’application et le site Web permettent aux utilisateurs de consigner leurs voyages de pêche, y compris les espèces pêchées, le nombre de poissons, le jour où ils sont allés pêcher et la durée de leur séjour. L’application fonctionne, que le téléphone soit ou non à portée d’une tour cellulaire, en conservant les données et en les envoyant une fois que la connexion peut se faire.

Il est difficile de convaincre les pêcheurs à la ligne de divulguer leurs coins secrets, et MyCatch comporte la promesse explicite que « les coins secrets demeureront secrets ». Les pêcheurs à la ligne peuvent accéder à leurs propres données, mais il y a des limites à l’utilisation des données par d’autres.

« Les scientifiques peuvent utiliser les données des pêcheurs à la ligne à leurs propres fins de recherche; toutefois, ils ne peuvent pas communiquer de données ponctuelles au public », déclare Sean Simmons, fondateur de MyCatch.

« Cela aide à protéger la relation privilégiée que nous créons avec les pêcheurs à la ligne et permet d’éviter la surexploitation de la pêche locale. »

M. Simmons ajoute que les types de données obtenues sont conformes à celles recueillies dans le cadre des enquêtes par interrogation des pêcheurs, où les gestionnaires discutent avec les pêcheurs à la ligne ou vont sur l’eau pour faire leurs propres rapports de prises.

Cette information est utile pour les organismes qui travaillent à maintenir et à renforcer les populations de poissons indigènes (ainsi que celles qui sont introduites, comme le saumon du Pacifique). Les enquêtes par interrogation des pêcheurs – et, de la même façon, les données de MyCatch – sont importantes pour aider les scientifiques et les gestionnaires à se renseigner sur les pressions qu’exercent les activités récréatives, de même que sur les populations de poissons dans un lac ou une région donné. Cela peut ensuite servir à déterminer les endroits idéaux pour la restauration de l’habitat ou à mener d’autres travaux visant à assurer la santé des populations, comme l’exige l’Accord relatif à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs.

Pour ce qui est des pêcheurs à la ligne, l’application leur donne accès à leurs statistiques de pêche personnelles, aux zones précises où ils ont pêché et aux résultats qu’ils ont obtenus. Selon M. Simmons, les développeurs envisagent d’autres moyens de rendre l’application plus utile pour les pêcheurs à la ligne, par exemple, en fournissant aux utilisateurs des cartes de la végétation et des informations provenant des bouées.

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La page de statistiques de l’application, indiquant le nombre de poissons pris à l’heure. Photo : Sean Simmons

M. Simmons a une formation en limnologie et s’est intéressé à la façon dont les données des pêcheurs à la ligne pourraient être utiles aux gestionnaires des pêches après avoir assisté à un atelier, dans le cadre de la conférence mondiale sur la pêche récréative, en 2017. Il devait s’assurer que l’application soit conforme aux enquêtes par interrogation des pêcheurs, afin que l’information puisse être validée, tout en étant suffisamment attrayante pour les pêcheurs à la ligne.

Selon M. Simmons, on s’inquiète de la validation des données de MyCatch parce que les pêcheurs à la ligne ont la réputation d’exagérer. Mais les résultats semblent prometteurs jusqu’à présent, les données déclarées dans MyCatch par les pêcheurs à la ligne semblant correspondre aux relevés officiels effectués dans la rivière Bow, en Alberta, pour ce qui est de la répartition des taux de prises et de la composition des espèces. Un document scientifique détaillant ces résultats est en cours d’élaboration.

Le fait de veiller à ce que les données de la science citoyenne correspondent à ce qui est attendu des enquêtes par interrogation des pêcheurs présente des avantages financiers pour les chercheurs. Selon M. Simmons, une enquête de ce genre peut coûter au bas mot 25 000 $ CAN. Bien que la mise au point de l’application n’ait pas été bon marché, le coût global par plan d’eau échantillonné par MyCatch est d’environ 200 $CAN, selon lui. Par conséquent, les chercheurs peuvent obtenir à une fraction du coût des données qui devraient s’avérer utiles et qui complètent ce qui est tiré des enquêtes officielles.

M. Simmons déclare que son équipe tend la main aux chercheurs pour voir où les données de MyCatch pourraient se révéler utiles. Ils collaborent avec l’Université de l’Alberta en vue d’utiliser les données pour étudier la maladie du tournis, et ils ont conclu des ententes pour d’autres projets d’étude des espèces de sébaste et de hareng.

Environ 13 000 personnes avaient fourni des données en date de juillet 2019, le plus grand nombre d’utilisateurs se retrouvant dans le bassin des Grands Lacs, mentionne M. Simmons. Il attribue cela au fait qu’il s’agit de la région la plus peuplée du Canada, ainsi qu’à la présence des Grands Lacs et de la myriade de lacs et d’affluents qui les alimentent. Ce nombre est quand même petit comparativement au million de visiteurs du site Web principal d’Angler’s Atlas au cours de la même période. M. Simmons dit qu’on continue de réfléchir à des façons de motiver plus de gens à participer.

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