Lettres d’amour aux Lacs : Le public laisse parler son cœur

10 septembre 2019
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« Comment est-ce que je t'aime? Laisse-moi te dire à quel point. » Ce n’est pas tout le monde qui peut écrire un sonnet comme Elizabeth Barrett Browning, la célèbre poète anglaise à qui nous devons ces lignes. Mais tout le monde n’a pas non plus les connaissances scientifiques ou juridiques nécessaires pour formuler un commentaire public retentissant sur la qualité de l’eau des Grands Lacs.

La poésie et les commentaires du public ne vont habituellement pas de pair, surtout lorsqu’il s’agit de consultations dans le cadre de l’Accord relatif à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs. La CMI a tenu des réunions publiques cet été pour recueillir des commentaires dans des villes comme Traverse City, au Michigan.

C’est là où la scénariste Anne-Marie Oomen, de la ville voisine d’Empire, au Michigan, a mélangé l’art et la voix pour présenter un court programme intitulé « Lettres d’amour aux Lacs », en demandant l’aide de musiciens de la région pour transmettre un message aux commissaires et à d’autres.
 

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De gauche à droite : les musiciens Steve Carey et Glenn Wolff, les lecteurs Anne Marie Oomen, Kelly Thayer, Bronwyn Jones et Joe Vandermeulen. Photo : CMI

Mme Oomen dit que la présentation, mêlant musique jazz et mots parlés, était en grande partie improvisée.

Elle a recueilli 86 lettres d’amour après avoir lancé un appel à la communauté littéraire de sa région, puis elle a choisi des phrases « magiques » pour aider à résumer les soumissions.

« Nous ne savons pas toujours quoi faire », a-t-elle dit en parlant au nom des artistes locaux, « parce que nous ne nous exprimons pas de la même façon que les avocats, les scientifiques, les techniciens et les responsables de la réglementation gouvernementale. »

« Nous pensons simplement différemment, et pourtant nous exprimons une voix assez forte et nous voulons dire combien ces lacs sont importants pour nous et à quel point nous voulons qu’ils soient protégés de toutes les façons possibles. »

Les lettres comprennent des réflexions des gens sur le premier contact avec leur lac, ce qu’ils aiment des lacs, l’importance des lacs dans leur vie, les menaces qu’ils perçoivent et les appels à l’action pour restaurer et protéger les eaux. En tout, les lettres d’amour recueillies totalisent 26 000 mots.

 « Nous devrons vous exprimer notre amour, sans relâche, sans cesse, comme le mouvement des vagues », a déclaré un lecteur pendant la présentation.

« Nous devons continuer à protéger vos eaux, vos rives et vos dunes pour tous les futurs utilisateurs ».

L’idée d’écrire des lettres d’amour aux Lacs est venue de Liz Kirkwood, directrice générale d’un organisme sans but lucratif de Traverse City appelé FLOW (For the Love of Water), qui avait entendu parler d’un projet semblable dans la région de Toronto.

« Je savais que nous avions six nouveaux commissaires (à la CMI) et je me suis demandé ce qui serait mémorable pour eux » se souvient-elle.

Mme Kirkwood, membre du comité de planification de la réunion publique de la CMI tenue le 24 juillet à Traverse City, a suggéré l’idée à Mme Oomen, qui était tout à fait disposée à l’accepter. Après tout, puisque Mme Oomen a publié plusieurs livres, dont une récente collection de récits vécus au Michigan appelée « Elemental », elle savait à qui s’adresser.

« Pour moi, tout cela avait du sens, dit Mme Oomen. Cette idée d’exprimer notre amour pour les Lacs vaut mieux que de critiquer les représentants du gouvernement ou de se plaindre des règles et des règlements. Nous préférons adopter un point de vue positif et déclarer notre loyauté aux Lacs. »

Mme Oomen dit que sa boîte de réception de courriel s’est remplie rapidement après qu’elle a envoyé l’appel aux lettres d’amour. Elle a pleuré en lisant quelques-unes d’entre elles parce qu’elles étaient si émouvantes.

« Je ne pense pas que j’aurais obtenu la même réponse si j’avais demandé aux gens d’écrire une lettre exprimant leurs préoccupations. Je pense que la sincérité et le romantisme rattachés au fait d’écrire une lettre d’amour plaît aux gens. »

Les 86 lettres, y compris celle de Mme Oomen, intitulée « Qu’avez-vous fait? », ont été compilées et remises aux commissaires dans le cadre de la présentation. Toutes les lettres, qui comprennent également quelques lettres d’enfants et une lettre écrite au nom d’un chien, peuvent être téléchargées sur le site ijc.org.  

Mme Kirkwood, qui décrit FLOW comme un centre des lois et des politiques sur les eaux des Grands Lacs, affirme que son organisation utilise souvent l’art pour exprimer ses préoccupations.

« (Comme humains), ce lien avec l’eau est littéralement inscrit dans notre ADN parce que nous sommes surtout constitués d’eau. Mais il arrive parfois que nous ne savons pas comment exprimer notre amour pour l’eau. L’art peut nous permettre de le faire. »