Réunion à Green Bay : nutriments, changements climatiques, contamination chimique et principales préoccupations liées à la qualité de l’eau

10 juin 2019
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Le Conseil de la qualité de l’eau des Grands Lacs (CQEGL) de la CMI s’est réuni à Green Bay (Wisconsin) les 8 et 9 mai pour régler des questions administratives et accueillir une assemblée citoyenne.

L’assemblée a lieu le 8 mai, et, malgré une pluie battante, 45 personnes sont venues s’informer sur les mesures et les stratégies destinées à revitaliser la baie de Green Bay et le lac Michigan et exprimer leurs points de vue sur les problèmes qu’affrontent les collectivités concernant la qualité de l’eau.

La première partie de la réunion a pris la forme d’une discussion de groupe, animée par Jane Elder, membre du Conseil. Quatre conférenciers ont répondu aux questions sur quatre sujets principaux : les stratégies les plus efficaces et les principales leçons tirées de l’expérience dans la gestion des nutriments dans la baie de Green Bay; comment la région de Green Bay peut-elle se préparer aux répercussions des changements climatiques; les principaux défis à relever dans les Grands Lacs au cours de la prochaine décennie; et les moyens de faire participer la population aux efforts de protection de l’environnement. 

Les conférenciers sont Julia Noordyk, spécialiste de la qualité de l’eau et des collectivités côtières, University of Wisconsin Sea Grant Institute; Kevin Fermanich, professeur de géosciences et sciences de l’environnement, Université du Wisconsin à Green Bay; Michael Troge, gestionnaires de projet en planification de la conservation, de la Nation Oneida; et Daniel Diederich, propriétaire de Diederich Farm et militant pour la protection du bassin hydrographique de Green Bay.

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L’animatrice Jane Elder et les conférenciers Julia Noordyk, Kevin Fermanich, Daniel Diederich et Michael Troge.

On a fait le lien entre les enjeux liés aux changements climatiques et les questions liées aux nutriments. Mais les conférenciers ont indiqué qu’ils doutent que le mode actuel de gestion des nutriments et les mesures d’assainissement soient suffisants pour garantir les progrès à venir, compte tenu de l’augmentation annoncée de la fréquence et de l’intensité des épisodes de pluviosité.

Une partie de la discussion a porté sur les meilleures pratiques de gestion agricoles, par exemple sur l’utilisation de cultures de couverture pour empêcher les nutriments de ruisseler dans les cours d’eau. Compte tenu des changements dans les caractéristiques de pluviosité, on s’est demandé si cela suffira. Les conférenciers ont parlé également d’autres mesures susceptibles de faciliter l’adaptation aux changements climatiques, dont la construction de terres humides artificielles et l’investissement dans de l’infrastructure verte, et des difficultés associées à la concrétisation de ces mesures.

Concernant la participation de la population aux efforts de protection de l’environnement, les conférenciers ont estimé qu’il faut notamment que les gens tissent des liens avec les Grands Lacs pour qu’ils aient envie de faire quelque chose pour les protéger et qu’ils ne doivent pas seulement compter sur le gouvernement pour faire le travail. M. Diederich a indiqué que, si les gens, surtout les jeunes, vont au bord d’un lac et profitent de ce que l’endroit a à offrir, ils seront plus enclins à promouvoir et à faire valoir les activités de conservation et de nettoyage.

On pourrait employer des moyens modernes comme les applications téléphoniques pour inciter les citoyens à faciliter la recherche scientifique. Par exemple, si quelqu’un découvre un spécimen d’espèce rare, il pourrait en prendre une photo et la télécharger dans une base de données scientifiques, en y ajoutant des données de localisation et de datation. Un participant a fait remarquer à ce sujet que l’accès au bord de l’eau est un problème et qu’on a besoin d’un plus grand nombre de plages publiques.

Durant la deuxième partie de la réunion, les participants ont pu soulever les questions qu’ils jugent importantes. Un certain nombre de participants se sont dits inquiets de la contamination aux substances perfluoroalkalylées dans le bassin hydrographique des Grands Lacs (notamment au Wisconsin) et se demandent où en sont les connaissances scientifiques et les mesures de suivi au sujet de cette famille de produits chimiques. Ils se sont dits curieux de connaître les mesures de suivi mises en place au Wisconsin et de savoir si des substances perfluoroalkalylées ont contaminé des terres agricoles. Les conférenciers ont rappelé que le Wisconsin prend des mesures de suivi, mais que les universités pourraient faciliter la collaboration avec des collectivités pour en apprendre plus sur certains secteurs précis. D’après les conférenciers, la science n’est généralement pas au rendez-vous pour mesurer les répercussions sur les terres agricoles.

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Tahassi Hill, conseiller de la Nation Oneida au Wisconsin, fait la prière d’ouverture. Photo : CMI

Des préoccupations sont soulevées également au sujet des permis d’exploitation minière qui sont accordés dans la région et du risque de contamination de l’eau potable attribuable à ces activités, mais on a rappelé aux personnes présentes que la délivrance des permis dépasse le champ d’action du Conseil de la qualité de l’eau et de la CMI.

Le scientifique de la CMI Raj Bejankiwar, présent à la réunion, a rappelé que l’objet de la réunion est d’entendre directement les doléances, les préoccupations et les difficultés des collectivités locales concernant la qualité de l’eau des Grands Lacs. « Cette rétroaction directe de la population est vraiment importante pour le Conseil de la qualité de l’eau pour comprendre les enjeux sur le terrain », explique‑t‑il.

En dehors de l’assemblée publique, les membres du Conseil ont visité des sites locaux pour se faire une meilleure idée des mesures de prévention de la pollution et des activités de nettoyage sur place. Ils ont notamment visité le secteur préoccupant Lower Green Bay and Fox River Area of Concern et une ferme expérimentale. La région de la Lower Fox River est un secteur préoccupant qui a toujours été contaminé par des biphényles polychlorés (BPC) toxiques qui est considéré comme un site du Superfund par l’Agence de protection de l’environnement des États‑Unis. Des mesures d’assainissement sont prises depuis 16 ans pour enlever les sédiments contaminés du secteur. Les BPC sont considérés comme des produits chimiques sources de préoccupations mutuelles par les gouvernements canadien et américain en vertu de l’Accord relatif à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs.

À la ferme expérimentale, des membres du ministère américain de l’Agriculture et du Bureau des études géologiques des États‑Unis ont expliqué les différents modes de gestion des nutriments adoptés pour réduire la perte excessive de nutriments, comme les cultures de protection, la rotation des cultures et la culture sans labour. Les membres du Conseil ont également examiné le matériel de suivi employé pour mesurer le ruissellement des nutriments et évaluer ainsi l’efficacité des diverses pratiques de conservation.

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Bureau des études géologiques des États Unis et du ministère américain de l’Agriculture expliquent aux membres. Photo : CMI