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Savoir autochtone : Un vécu et des perspectives précieuses, 3e partie

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Chrissy Chiasson
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Diana Moczula
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Rachel Carmichael Campbell
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Parmi les personnes interviewées dans le cadre de cette série, on trouve un commissaire de la CMI, des membres du conseil d’administration et des membres affiliés de toute la région transfrontalière.

« Savoir autochtone : Un vécu et des perspectives précieuses » est une série en trois parties qui se penche sur le potentiel que représente le savoir autochtone en matière de renforcement de la gestion de l’eau en Amérique du Nord. Cette série repose sur des entrevues de personnes des deux côtés de la frontière, qui ont collaboré avec la Commission mixte internationale (CMI) et qui, soit sont Autochtones, soit ont une expérience de travail dans le domaine du savoir autochtone. La série vise à promouvoir une meilleure compréhension du savoir traditionnel autochtone, à articuler les avantages et les obstacles associés à l’intégration de ce savoir dans la gestion de l’eau, et à déterminer les bienfaits découlant de l’établissement de relations avec les peuples, les nations et les communautés autochtones. Il s’agit du troisième article de la série. Pour plus d’information sur les connaissances autochtones, voir les premier et deuxième articles de la série.

Aller de l’avant

En reconnaissance de la valeur de l’établissement de nouvelles relations et du renforcement des relations avec les peuples autochtones, la CMI cherche activement à faire progresser sa collaboration sur les initiatives de gestion des bassins hydrographiques, dans l’ensemble des voies navigables transfrontalières. Les membres affiliés de la CMI, qui sont Autochtones ou qui ont une vaste expérience de travail en matière de savoir autochtone, ont été invités à préciser les qualités qu’ils jugent essentielles pour intégrer le savoir autochtone dans leur travail et établir des relations avec les peuples autochtones. Voici un aperçu de ces échanges.

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Le commissaire Henry Lickers est un citoyen haudenosaunee du clan de la tortue (nation Seneca). Crédit photo : IJC

En réponse à la question de savoir quelles qualités sont essentielles aux relations nécessaires pour engager les nations autochtones, le commissaire de la CMI, Henry Lickers (un citoyen haudenosaunee de la Nation Seneca) évoque le droit de son peuple, la Grande Voie vers la Paix. Pour traduire ces notions du seneca, précise-t-il, il faut trois choses : le respect, l’équité et l’autonomisation, qui sont à la base de toute relation qu’on veut développer et renforcer.

Et d’ajouter : « Si vous me permettez, je vous dirai que vous avez des outils dont la compréhension… Si vous ne comprenez pas à qui vous parlez, comment pouvez-vous vous espérer de respecter la personne? »

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Wanda McFadyen est membre du Groupe consultatif public du Souris River Study Board. Crédit photo : Wanda McFadyen

Beaucoup de nos interlocuteurs nous ont dit qu’il était important d’être prêt à écouter, à apprendre et à aborder toute situation avec ouverture d’esprit.

Wanda McFadyen, qui siège au Groupe consultatif public du Souris River Study Board, souligne qu’il est importance, pour une équipe de projet, de prendre le temps d’en apprendre davantage sur les peuples autochtones avec lesquels elle espère collaborer.

Mme McFadyen rappelle l’étiquette qui consiste à apprendre les protocoles en vigueur pour aborder différentes nations et les membres de certaines communautés, en insistant sur la nécessité de « comprendre ces approches… et ce qu’il convient de faire. » Elle ajoute que les gens « ne devraient pas avoir peur de poser des questions respectueusement ».

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Lucas King travaille à l’Unité de planification territoriale au Grand Council Treaty 3. Crédit photo : Lucas King

Lucas King, directeur de l’Unité de planification territoriale et spécialiste en ressources hydriques au Grand Council Treaty #3, souligne l’importance du respect dès qu’il s’agit de travailler au contact de groupes qui ont des systèmes de savoir différents.

Pour lui, le fait « d’entretenir les relations avec les peuples autochtones dans l’ensemble des bassins hydrographiques transfrontaliers […] nous permettra d’avoir une vision plus holistique. » Il ajoute que cela se résume au « respect mutuel autour d’un système de savoir alternatif et constitue pour chacun une excursion en dehors de sa zone de confort ».

Kelsey Leonard, de la nation indienne Shinnecock et membre du Conseil de la qualité de l’eau des Grands Lacs de la CMI, abonde dans le même sens et encourage plus de gens « à faire preuve de courage dans ce travail et à avoir des conversations courageuses.

« Je pense que cela suppose aussi un certain niveau d’humilité » et « la reconnaissance qu’il y a d’autres détenteurs de savoir dans le monde ».

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Kelli Saunders est coordonnatrice internationale de la Lake of the Woods Water Sustainability Foundation et ancienne secrétaire du Comité d'étude international sur les courbes de niveau des lacs à la Pluie et Namakan

Selon Kelli Saunders, coordonnatrice internationale du bassin versant pour la Lake of the Woods Water Sustainability Foundation et ancienne secrétaire du Comité d'étude international sur les courbes de niveau des lacs à la Pluie et Namakan de la CMI, pour parvenir à intaurer des rapports productifs avec des communautés autochtones – en plus de l’éducation et du respect qui sont importants – il y a toujours lieu de s’en remettre à un « mécanisme d’interaction continue ».

Cela peut être fait de plusieurs façons. Mme Saunders souligne que « les collectivités et les organisations autochtones ont besoin d’être appuyées pour participer aux projets, pour contribuer aux plans de travail et au travail sur le terrain, etc. » Elle souligne également l’importance de formuler, à la fin de tout projet, « des recommandations concrètes qui viennent appuyer et renforcer les relations établies au cours du projet ».

« Il s’agit le plus souvent de suggérer des recherches ou des projets conjoints destinés à mieux comprendre, éventuellement, un élément du savoir autochtone qui ne pourrait pas être pleinement intégré au projet lui-même. »

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Vanessa Alberto est spécialiste des relations avec les tribus au sein du US Army Corps of Engineers. Elle travaille auprès du Souris River Study Board de la CMI. Crédit photo : Vanessa Alberto

Vanessa Alberto, spécialiste des relations avec les tribus au sein du US Army Corps of Engineers qui travaille auprès du Souris River Study Board de la CMI, rappelle, elle aussi, la nécessité de bien comprendre les engagements pris dans le cadre de la collaboration avec les nations autochtones.

« Quand on travaille avec une nation autochtone, il arrive souvent qu’on ne comprenne pas ce que signifie prendre un engagement, ce qu’est un engagement dans notre esprit et dans leur esprit. » Pour que la collaboration soit couronnée de succès, elle affirme qu’il est essentiel « de vraiment comprendre les engagements que l’on prend et de les respecter ».  

Sur la base de son expérience en matière de liaison entre les nations autochtones et le US Army Corps of Engineers, Mme Alberto fait remarquer qu’il ne s’agit pas nécessairement d’aller chercher des informations pour essayer ensuite de les interpréter et de les mettre à disposition.

Il est important de donner aux détenteurs du savoir autochtone les outils et l’information nécessaires pour raconter leur histoire. « Cela leur donne une voix. Cela leur permet de s’approprier le savoir autochtone tout en travaillant dans le cadre du projet. »

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Arnie Marchand, membre des tribus confédérées de la réserve de Colville, est un Indien Okanagan qui siège au Conseil de contrôle du lac Osoyoos, de la CMI. Crédit photo : Arnie Marchand

Arnie Marchand, membre du Conseil de contrôle du lac Osoyoos de la CMI, des tribus confédérées de la réserve de Colville et Indien Okanagan, indique qu’en plus d’écouter ceux qui possèdent le savoir autochtone, il faut permettre aux Autochtones de désigner « un interlocuteur pour les questions relatives à l’eau et à la gouvernance de l’eau afin de diffuser cette information de façon appropriée à la bande ou à la tribu. »

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Chris Paci est membre du Conseil de la qualité de l’eau des Grands Lacs. Crédit photo : Chris Paci

Chris Paci, membre du Conseil de la qualité de l’eau des Grands Lacs de la CMI, reconnaît que le fait d’écouter ceux qui détiennent le savoir et des valeurs particulières profite au projet et à ceux qui y participent.

« Tout être humain possède un savoir sacré, dit Paci. « Ce qui nous manque, ce sont les moyens d’y accéder. Nous n’avons pas l’expérience des enseignements culturels et des pratiques cérémoniales qui ne sont pas les nôtres. Nous devons donc respecter ceux qui ont ces expériences et travailler avec eux pour réaliser de meilleurs projets. »

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Kristine Stepenuck est coprésidente américaine du Groupe consultatif public du Groupe d’étude du lac Champlain et de la rivière Richelieu. Crédit photo : Kristine Stepenuck

Kristine Stepenuck, coprésidente américaine du Groupe consultatif public du Comité d’étude sur le lac Champlain et la rivière Richelieu, souligne l’importance de veiller à ce que les peuples autochtones participent à tous les groupes consultatifs publics, aux communications et aux études de référence. « Nous ne pourrons pas intégrer efficacement le savoir autochtone tant que des gens possédant ce savoir ne contribueront pas à chaque volet de chaque étude de référence. »

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Gail Faveri a été membre du Conseil du bassin du lac des Bois et de la rivière à la Pluie. Crédit photo : Gail Faveri

Pour nombre de nos interlocuteurs, l’instauration d’une relation avec les peuples autochtones passe par la reconnaissance du rôle de premier plan des femmes autochtones dans la gestion de l’eau.

Pour Gail Faveri, ancienne membre du Conseil du bassin du lac des Bois et de la rivière à la Pluie de la CMI, il faut reconnaître que, dans la culture traditionnelle, les femmes sont les gardiennes de l’eau et que nous devons travailler avec elles.

Mme Leonard souligne aussi l’importance de « tendre vers une plus grande équité et une plus grande inclusivité… non seulement pour les nations autochtones, mais pour toutes les collectivités qui ont été marginalisées par le passé. »

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Kelsey Leonard, citoyenne de la Nation indienne Shinnecock et membre du Conseil de la qualité de l’eau des Grands Lacs, se spécialise dans la gouvernance autochtone de l’eau

Étant donné que des organisations comme la CMI ont exprimé leur réelle volonté de collaborer avec les peuples autochtones, il est important d’écouter les gens nous parler des expériences qu’ils ont vécues et les points de vue précieux des aînés et des gardiens du savoir, ainsi que de ceux qui ont collaboré avec succès avec eux.

C’est en tenant compte de ces points de vue qu’il sera possible d’établir des relations durables, fondées sur la collaboration et le respect des peuples autochtones. Cela ne fera que renforcer la gestion des bassins hydrographiques partout en Amérique du Nord. Comme nous l’ont dit un commissaire de la CMI, des membres du conseil d’administration et des membres affiliés, tout le monde profite de l’inclusion des Autochtones.

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Chrissy Chiasson
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Christina Chiasson is a policy analyst for the Canadian Section of the IJC in Ottawa, Ontario.

Diana Moczula
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Diana Moczula is a junior policy analyst at the IJC’s Canadian Section office in Ottawa, Ontario.

Rachel Carmichael Campbell
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Rachel Carmichael Campbell is a student analyst at the IJC’s Canadian Section office in Ottawa, Ontario.

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