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Suivi des frayères de carpes de roseau envahissantes

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Kevin Bunch
8 septembre 2020
adult grass carp

Selon une étude récente, la grande majorité des carpes de roseau du bassin des Grands Lacs se reproduisent dans les rivières Maumee et Sandusky, en Ohio.

La carpe de roseau est une espèce envahissante en Amérique du Nord, connue pour manger de grandes quantités de plantes aquatiques, ce qui peut avoir pour conséquence de détruire l’habitat dont dépendent les poissons, les amphibiens, les insectes et les oiseaux indigènes.

La carpe à grosse tête triploïde stérile est une espèce importée, utilisée par l’industrie aquacole pour nettoyer les étangs depuis les années 1960, mais elle s’est échappée dans tous les Grands Lacs, sauf dans le lac Supérieur, ainsi que dans de nombreux cours d’eau. De plus, dans un article scientifique de 2013, des chercheurs disent avoir découvert des preuves (ce qui a été confirmé deux ans plus tard) que certains des poissons du lac Érié étaient fertiles et se reproduisaient dans la rivière Sandusky. Dans une autre étude, des chercheurs ont corroboré que la carpe de roseau frayait dans la rivière Maumee en 2018.

Selon Greg Whitledge, un scientifique des pêches de l’Université du Sud de l’Illinois, une étude récente publiée dans le Journal of Great Lakes Research relate le suivi de 153 carpes de roseau capturées entre 2012 et 2018. Il était question d’avoir une idée des autres endroits où les poissons peuvent frayer et depuis combien de temps ils le font. De ce nombre, 111 ont été capturées dans le lac Érié, 21 dans le lac Michigan, huit dans le lac Ontario et deux dans le lac Huron. Onze autres ont été capturées dans le fleuve Saint-Laurent et le lac Gibson, un réservoir relié à la rivière Niagara.

Les scientifiques ont testé les « poussières d’oreille », ou otolithes, qui permettent aux poissons de capter les sons. Ces otolithes, autrement appelés statoconies, ont des signatures chimiques uniques définies par les conditions dans lesquelles un poisson éclot et grandit. Il suffit aux chercheurs de connaître le profil chimique d’un cours d’eau pour déterminer si tel ou tel poisson en est originaire. Les chercheurs ont en outre étudié les vertèbres des poissons pour estimer leur âge, ce qui équivaut à compter les anneaux de croissance d’un arbre sur une souche. 

« La majorité des poissons prélevés dans le lac Érié étaient issus de la reproduction naturelle », précise M. Whitledge. « Chez la plupart d’entre eux, les otolithes étaient indicatifs d’une composition chimique correspondant à une origine se situant dans deux affluents du bassin ouest du lac Érié, où la reproduction a été documentée, soit les rivières Sandusky et Maumee. »

Sur les 111 poissons pris dans le lac Érié, un petit nombre semble avoir frayé dans au moins un autre affluent, mais M. Whitledge juge que l’on manque de données pour préciser de quels affluents ils peuvent provenir. Toutefois, la grande majorité d’entre eux provenaient de populations connues dans les deux rivières, ce qui laisse entendre qu’il y a des carpes de roseau ailleurs que dans les rivières Maumee et Sandusky qui ne se reproduisent probablement pas au même rythme dans ces secteurs.

La majorité des 29 poissons capturés dans les lacs Ontario et Michigan étaient également fertiles, bien qu’il n’y ait aucun signe de reproduction naturelle dans le lac Ontario. Dans le lac Michigan, la plupart des 21 prises montraient des signes indiquant qu’elles s’étaient échappées d’exploitations aquacoles, bien que quatre d’entre elles étaient apparemment sauvages et avaient éclos naturellement. De ces quatre poissons, deux présentaient des caractéristiques chimiques semblables à celles des poissons capturés dans le secteur occidental du lac Érié, ce qui laisse entendre qu’ils ont progressé dans la partie inférieure de la péninsule du Michigan, tandis que l’origine des deux autres étaient inconnues. En revanche, les huit poissons capturés dans le lac Ontario semblaient s’être échappés de fermes aquacoles, puisqu’ils ne présentaient aucun des signes caractéristiques d’une reproduction en milieu naturel, ajoute M. Whitledge.

Après avoir étudié les vertèbres de leurs prises, les chercheurs ont découvert que la plus ancienne carpe de roseau avait été capturée dans le lac Michigan et qu’elle avait éclos en 1988.

La plupart des carpes sauvages reproductrices capturées dans le cadre de l’étude avaient éclos dans les affluents ouest du lac Érié après 2011, principalement dans les années où le débit de la rivière Sandusky était fort.

M. Whitledge précise que cette recherche donne également à penser qu’aujourd’hui encore, des carpes de roseau d’élevage continuent de s’échapper dans les Grands Lacs, qu’elles soient importées légalement ─ par l’Illinois, l’Indiana, l’Ohio, la Pennsylvanie ou l’État de New York qui autorisent encore l’importation de cette espèce à condition qu’elle soit stérile ─ ou illégalement, car l’espèce est interdite en Ontario, au Michigan, au Wisconsin et au Minnesota. Le suivi des frayères de carpes de roseau envahissantes est essentiel pour contrôler leur propagation et réduire les effets néfastes de l’espèce. 

Pour contrôler leur prolifération dans les Grands Lacs, il faudra contrôler les échappées des fermes aquacoles et stimuler la reproduction sauvage des carpes de roseau fertiles dans les rivières Sandusky et Maumee, ajoute M Whitledge.

Ce projet est le fruit d’une collaboration entre des chercheurs de la Bowling Green State University, du US Geological Survey, du Michigan Department of Natural Resources, de l’Université de Toronto et de la Central Michigan University.

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Kevin Bunch is a writer-communications specialist at the IJC’s US Section office in Washington, D.C.