Une étude échelonnée sur 100 ans offrira une nouvelle perspective de la contamination des Grands Lacs

07 décembre 2018
beach indiana dunes

L’importance de la propreté de l’eau des Grands Lacs pour le bien-être de l’être humain a toujours été une priorité pour la Commission mixte internationale.

Il y a plus de 100 ans, les préoccupations soulevées au sujet du lien entre les maladies et la pollution par les eaux usées ont déclenché la première étude de la contamination des eaux transfrontalières à la CMI de 1912 à 1914. 

À l’époque, la CMI a étudié la pollution bactérienne dans les eaux limitrophes du Canada et des États-Unis, y compris dans quatre des cinq Grands Lacs, afin de mieux comprendre la qualité bactériologique de l’eau dans l’ensemble des bassins et de trouver des solutions aux problèmes liés aux eaux usées dans les deux pays. La zone d’échantillonnage comprenait trois des bassins transfrontaliers entre le Canada et les États-Unis : les Grands Lacs internationaux, le lac à la Pluie et le lac des Bois, et le segment international de la rivière St-Jean. Le lac Michigan est considéré comme un plan d’eau national en vertu d’un traité et n’a donc pas été inclus dans l’étude. Aujourd’hui, les lacs Huron et Michigan sont considérés comme une unité hydrologique, et depuis 1972, le lac Michigan est inclus dans l’Accord relatif à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs.

La pollution bactérienne des Grands Lacs continue de poser des risques pour la santé humaine et d’avoir des répercussions économiques sur les citoyens de tous les lacs.

Les lacs fournissent de l’eau potable à environ 40 millions de personnes dans les deux pays (et de l’eau pour les aliments et les boissons à des millions d’autres personnes). Les procédés modernes de traitement de l’eau potable réduisent considérablement les risques pour la santé pour la majorité des résidents et des visiteurs, mais les types et l’adéquation des mesures de protection peuvent varier. Il est donc possible que des personnes boivent de l’eau non traitée et leur nombre est inconnu.

Ensuite, la côte des Grands Lacs, qui comprend des plages et des eaux peu profondes, est l’une des zones de plaisance les plus populaires de la région. Les loisirs, comme services écosystémiques, dépendent de la qualité de l’eau, et tous les bienfaits d’une zone côtière saine sont liés à l’amélioration de nombreux aspects du bien-être humain. Certaines des plus belles plages de sable du monde se trouvent dans les Grands Lacs, mais la vague de fermetures de plages continue de frapper de nombreuses collectivités côtières.

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La plage des dunes d’Indiana. Photo : Sally Cole-Misch

Le tourisme est devenu l’un des principaux moteurs de l’activité économique nationale, de la création d’emplois, de la richesse et des investissements, et l’importance économique du tourisme sur les plages des Grands Lacs est bien visible par les préjudices causés par la fermeture des plages.

Selon une étude sur les pertes économiques résultant de la fermeture de plages dans l’État du Michigan, la fermeture de toutes les plages du lac Michigan entraînerait des pertes économiques à hauteur de 2,7 milliards de dollars. Par ailleurs, selon une revue de la littérature commandée par le ministère des Richesses naturelles de l’Ontario, on estime que la valeur économique des plages des Grands Lacs s’élève de 210 à 262 millions de dollars par année. D’autres analyses réalisées aux États-Unis indiquent qu’une réduction de 20 % des fermetures et des avertissements concernant les plages des Grands Lacs permettrait de générer des retombées économiques de 130 à 190 millions de dollars par année. Par conséquent, les plages et les zones côtières des Grands Lacs sont non seulement une ressource naturelle précieuse, mais aussi un moteur économique essentiel pour les collectivités environnantes, qui ont besoin d’être protégées contre une dégradation croissante.

De nos jours, le bassin des Grands Lacs est exposé à de nombreux problèmes de qualité de l’eau, lesquels ont une incidence sur les sources d’eau potable et les activités récréatives, ainsi que sur l’opinion publique quant à la protection des lacs. Les sources diffuses comme les eaux pluviales et les eaux de ruissellement provenant des terres agricoles, ainsi que les installations de mélange des eaux usées et les débordements d’égouts unitaires sont au nombre des problèmes relevés. Ces sources contribuent à la contamination par la bactérie E. coli, des pathogènes et nutriants, ainsi que des produits pharmaceutiques et d’autres contaminants qui suscitent de nouvelles préoccupations et causent des problèmes concernant la sécurité de l’eau potable et des eaux de plaisance.

Ces problèmes continus de qualité de l’eau poussent le public à s’interroger sur les risques pour la santé. De nombreux sites le long de la côte ont également besoin d’être restaurés et protégés (dont les secteurs préoccupants). Le gouvernement fédéral, les États et les administrations municipales ont tous réalisé des investissements majeurs et l’Accord relatif à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs continue d’éclairer l’approche binationale.

Des questions clés sont soulevées à mesure que ces projets de restauration progressent, notamment :

  • La qualité des eaux côtières s’améliore-t-elle ou empire-t-elle?
  • Qu’est-ce qui cause la variation de la qualité des eaux côtières?
  • Quels sont les risques pour la santé publique associés à la variation de la qualité des eaux côtières?

Pour répondre à ces questions, le Conseil consultatif des professionnels de la santé, le CCPS, de la CMI procédera à un projet de comparaison des données, des zones des Grands Lacs et des plans d’eau adjacents analysés dans l’étude de 1913 de la CMI et inclura le lac Michigan dans son analyse.

Les données actuelles sur des zones semblables serviront à comparer les tendances bactériennes décelées dans l’étude de 1913 et à analyser les variations de la qualité de l’eau entre l’étude originale et aujourd’hui. Le projet permettra également de cerner les lacunes sur le plan de la science et de la gestion qui ont une incidence sur la restauration de la qualité de l’eau des écosystèmes côtiers.

Des méthodes perfectionnées basées sur l’ADN permettent maintenant aux chercheurs de retracer les sources de bactéries fécales et de microbes, ce qui constitue un atout pour l’étude d’aujourd’hui. L’utilisation accrue de ces méthodes de suivi des sources microbiennes dans les Grands Lacs a permis de recueillir des ensembles de données importants dans les États et les provinces des deux pays. Le CCPS examinera les ensembles de données des partenaires provinciaux et étatiques pour analyser les variations dans la contamination bactérienne au cours des 100 dernières années dans les cinq Grands Lacs, et les nouvelles technologies qui permettraient de détecter et de surveiller les sources de contamination afin de protéger la santé publique.

Dans le cadre de ce projet, le CCPS animera un atelier pour évaluer l’état actuel des données sur la qualité biologique des eaux transfrontalières ainsi que des méthodes de surveillance dans les Grands Lacs, et analysera la nécessité d’un investissement binational dans une réévaluation de la qualité de l’eau et des contaminants fécaux, bactériens et microbiens dans tout le bassin. Certaines des stratégies de l’étude de 1913 pourraient fournir un cadre pour une action binationale qui permettrait d’examiner les bactéries fécales au moyen de méthodes modernes de suivi des sources bactériennes et, ainsi, de préserver la qualité de l’eau côtière. L’atelier devrait avoir lieu en 2019.

Idéalement, le cadre proposé contribuera à améliorer les efforts de restauration associés aux eaux contaminées par des bactéries, à l’augmentation des charges quotidiennes maximales totales des contaminants et à la multiplication des algues. De meilleures données sur les sources bactériennes permettraient également de guider les investissements binationaux dans le traitement des eaux pluviales et des eaux usées et contribueraient à atteindre la cible recommandée par la CMI dans sa Première évaluation triennale des progrès réalisés pour améliorer la qualité de l’eau dans les Grands Lacs, soit zéro rejet d’eaux usées insuffisamment traitées ou non traitées dans les Grands Lacs.